28 Novembre 2025
Au sein de la vaste diversité des styles victoriens, le style italianisant — ou *Italianate* — occupe une place de choix. Apparue en Angleterre dans les années 1840, cette tendance s’inspire librement des villas toscanes et des palais urbains de la Renaissance italienne. Elle doit beaucoup à l’architecte John Nash, puis à Charles Barry, qui en firent un style à la fois romantique, élégant et parfaitement adapté à l’expansion des villes britanniques.
Le contexte est celui d’une société en pleine transformation : industrialisation rapide, ascension de la bourgeoisie, besoin de nouvelles maisons et de nouveaux équipements publics. L’Italianate offre alors un modèle séduisant, moins strict que le néoclassicisme et plus chaleureux que le gothique revival. Il évoque une Italie rêvée, baignée de lumière et de douceur, tout en demeurant compatible avec les climats du Nord.
Le style se reconnaît immédiatement à ses toits à faible pente, ses larges corniches soutenues par des consoles décoratives, ses hautes fenêtres en arc surbaissé et ses façades souvent enduites pour imiter la pierre claire. L’usage de tours-belvédères — les *campaniles* — devient une signature : elles donnent aux maisons un air de villa méditerranéenne transposée dans les faubourgs londoniens.
Les bâtiments italianisants affichent une composition simple mais élégante, avec une trame régulière de baies et de pilastres. Les détails sont soignés : encadrements moulurés, garde-corps en fer forgé, portiques d’entrée inspirés de la Renaissance. Ce style se prête aussi bien aux demeures bourgeoises qu’aux hôtels de ville, bibliothèques ou immeubles d’habitation.
Entre 1840 et 1880, l’Italianate devient l’un des styles les plus populaires du monde anglophone, diffusé jusqu’aux États-Unis, au Canada et en Australie. Il incarne un idéal : celui d’une élégance discrète, d’une harmonie calme et d’un certain art de vivre « à l’italienne », revisité par la sensibilité victorienne.
Aujourd’hui encore, ses silhouettes douces et équilibrées demeurent l’un des charmes les plus reconnaissables des quartiers résidentiels du XIXᵉ siècle.