23 Février 2026
Construite entre 1914 et 1922, c’est d’abord la résidence d’hiver du riche industriel américain James Deering, héritier de l’entreprise de machines agricoles International Harvester. Deering souhaite une villa inspirée des grandes demeures européennes qu’il admire. Il confie le projet à l’architecte F. Burrall Hoffman et au décorateur Paul Chalfin. Ensemble, ils imaginent un palais néo-Renaissance d’inspiration italienne, posé face à la baie de Biscayne.
La maison principale, achevée en 1916, compte plus de trente pièces richement décorées. Les matériaux et les éléments décoratifs — plafonds, cheminées, boiseries, portes anciennes — sont importés d’Europe. L’ensemble mêle authenticité historique et recréation savante : certaines salles intègrent de véritables fragments anciens, d’autres sont des compositions inspirées du style Renaissance et baroque.
Les jardins, aménagés entre 1917 et 1922, sont parmi les plus remarquables des États-Unis. Structurés à l’italienne, avec terrasses, statues, fontaines et labyrinthes végétaux, ils dialoguent avec la lumière éclatante de Floride. À l’extrémité de la pelouse, une barge de pierre sculptée semble flotter sur l’eau : fantaisie théâtrale qui accentue le caractère méditerranéen du lieu.
Après la mort de Deering en 1925, la propriété traverse les ouragans et les mutations urbaines avant d’être acquise par le comté de Miami-Dade en 1952. Elle ouvre alors au public comme musée. Vizcaya apparaît aujourd’hui comme une œuvre singulière : un rêve européen transplanté en Amérique, alliance d’érudition historiciste et d’exotisme tropical. Dans la jeune Miami du début du XXᵉ siècle, cette villa fastueuse affirmait déjà une ambition culturelle — celle de rivaliser, par l’art et l’architecture, avec l’Ancien Monde.