28 Novembre 2025
L’architecture néomauresque apparaît au XIXᵉ siècle, dans un contexte où l’Europe nourrit une fascination profonde pour l’Orient. L’expansion coloniale, les récits de voyages, les expositions universelles et la redécouverte de l’art islamique suscitent un engouement pour les formes venues d’Espagne musulmane, du Maghreb ou du Moyen-Orient. Ce style, dit « orientaliste », ne cherche pas à reproduire fidèlement les monuments originaux : il les réinvente pour répondre aux goûts et aux fonctions de la société moderne.
Le néomauresque emprunte ses motifs à l’architecture des Almoravides, des Almohades ou des Nasrides, tout en les adaptant aux matériaux et techniques du XIXᵉ siècle. Il apparaît surtout dans les bâtiments voués au divertissement ou à la sociabilité : théâtres, cafés-concerts, casinos, bains publics, synagogues, pavillons d’expositions, villas de villégiature. Ces lieux sont conçus comme des décors dépaysants, véritables invitations au rêve.
Le style se reconnaît immédiatement à ses arcs outrepassés, parfois polylobés, à ses coupoles, à ses patios intérieurs et à ses façades rythmées de motifs géométriques ou floraux. Le décor joue un rôle essentiel : carreaux de faïence, stucs ciselés, jeux de couleurs vives, inscriptions pseudo-arabes qui évoquent la splendeur de l’Alhambra. Les architectes combinent volontiers pierre, brique, céramique et métal pour créer une atmosphère exotique et lumineuse.
Entre 1850 et 1910, le néomauresque connaît un succès notable en Espagne, en France, en Allemagne, en Autriche-Hongrie et dans les pays balkaniques. Il reflète le goût de l’époque pour l’évasion et l’imaginaire oriental, à une période où l’Occident cherche à élargir son horizon culturel.
Aujourd’hui encore, ce style séduit par son pouvoir évocateur : il rappelle un moment où l’architecture devenait un voyage en soi, ouvrant des fenêtres vers un Orient rêvé et poétique.