26 Janvier 2026
Dans le quartier ancien d’Angers, juste derrière la cathédrale Saint-Maurice, une silhouette happe le regard : la Maison d’Adam. Dès qu’on l’aperçoit, on sent qu’elle raconte une histoire, pas seulement celle des pierres et du bois, mais celle des gens qui y ont vécu, marché, travaillé et commercé depuis plus de cinq siècles.
Cette grande maison à colombages, construite un peu après 1491, incarnait la richesse et l’ambition d’un notable angevin — probablement un apothicaire du nom de Jean Lefèvre qui la fait ériger dans l’un des axes marchands les plus animés de la ville médiévale. À l’époque, Angers comptait près de trois cents maisons à pans de bois ; aujourd’hui, il en reste une quarantaine, et aucune ne rivalise avec l’opulence de cette demeure.
Sur le coin de la place Sainte-Croix, la maison s’élève sur six niveaux — rez-de-chaussée, trois étages et deux niveaux de combles —, une hauteur tout à fait exceptionnelle pour la fin du Moyen Âge. Un sous-sol voûté en berceau complète cette architecture imposante, comme une cave mystérieuse sous le cœur vivant de la cité.
Mais ce qui frappe vraiment, c’est la façade à pans de bois richement sculptée : un réseau de poutres sculptées, décorées de scènes religieuses et profanes, d’animaux fantastiques, de personnages pittoresques : des amoureux, des musiciens, des chimères. À l’origine, un « Arbre de Vie » trônait sur un poteau d’angle, entouré des figures d’Adam et Ève qui ont donné leur nom à la maison. Ces sculptures ont malheureusement été détruites pendant la Révolution française, ne laissant que le pommier comme vestige de ce récit mythique.
L’intérieur raconte aussi l’évolution du bâtiment : il a traversé les siècles, changé de mains — des Lefèvre aux Richard, puis à Michel Adam, marchand de draps de soie, dont le nom a fini par s’imposer — et subi les transformations du temps. Classée monument historique dès 1922, la Maison d’Adam a connu plusieurs campagnes de restauration, la plus récente ayant redonné éclat et vie à ses façades et à ses volumes, tout en adaptant l’intérieur au confort contemporain.
Aujourd’hui, elle abrite la Maison des artisans d’Angers, un lieu où l’art et le savoir-faire se rencontrent, comme si l’esprit commerçant des marchands du XVe siècle s’était transmis aux créateurs d’aujourd’hui.